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Techniquement OK mais où est l’âme ?
« le: 22 Août, 2019, 10:35:25 am »
Bonjour

Je vais parler de mon ressenti vis à vis de certaines catégories de photos ici sur NP (mais pas que) comme, par exemple, la section « oiseaux, animaux, macro ».
Je vois globalement de belles images mais je me pose la question de la créativité là dedans. Les photos sont techniquement correctes mais j’ai le sentiment que le(s) photographe(s) met(tent) plus en avant la patience, l’approche, bref la technique de chasse photographique que la créativité...d’où mon impression de déjà vu et revu.

Attention je ne dénigre pas ce genre de photos mais je trouve qu’il est regrettable que la partie artistique qui pourrait y être ajoutée ne le soit pas dans beaucoup de cas. Ce qui me donne l’impression de voir certes de belles images « scientifiques » (ornithologiques, entomologiques, botaniques, etc.) mais qui manquent d’âme.

Avez vous la même impression que moi ?
« Modifié: 22 Août, 2019, 10:37:16 am par Drake »
"La photographie est une brève complicité entre la prévoyance et le hasard." (John Stuart Mill)


Techniquement OK mais où est l’âme ?
« Réponse #1 le: 22 Août, 2019, 12:05:03 pm »
C'est un débat sans fin que tu soulèves là Drake. A partir de quand, de quels critères, qui définit ces critères, une photo a-t-elle une valeur "artistique" ? Je comprends parfaitement ton point de vue lorsque tu prends l'exemple des photos de la section "macro, nature...". Ce sont effectivement le plus souvent des photos techniquement bien réussies et que nombre de gens qualifient de "belles" photos mais au-delà des aspects techniques et d'approche tu trouves qu'il leur manque un côté créatif. On pourrait aussi dire la même chose de beaucoup de photos de paysages (dont je suis un grand fan).
Il faut d'abord se demander si une photo a nécessairement besoin d'être créative pour faire ressentir des émotions à ceux qui la regarde. Selon les sensibilités de chacun, sa culture, son expérience, on ne sera pas sensible devant les mêmes clichés. Cela n'empêche pas de reconnaître une démarche artistique à l'auteur.
Quand je vais à des expos photos, je m'attarde sur des photos qui me touchent, m'interpellent, provoquent une réaction et tout cela avant que je me sois demandé si l'auteur a eu une démarche créative ou artistique. A contrario il m'est arrivé de voir des expos (c'est valable aussi en peinture) dont l'auteur est un artiste reconnu mais qui me laissent totalement indifférent, ce qui n'enlève bien sûr rien aux qualités dudit artiste.
J'aime bien l'idée de donner une âme à la photo mais là où moi je vais trouver une âme à certaines photos, est-ce que toi ou un autre la trouvera aussi. Il y a bien des façons différentes de "faire" de la photo : artistique, souvenir, documentaire, témoignage, et aujourd'hui inondation de selfies pour se montrer...
Bien sûr tout le monde ne poste pas ses photos sur un forum mais devrait-on réserver cette pratique aux personnes qui font oeuvre de créativité ? Faire des photos doit être un plaisir, certains y ajoutent de la créativité (comme toi par exemple), d'autres simplement une envie de partage, d'autres un moyen de progresser. Chacun est libre d'apprécier à sa juste valeur les photos proposées.
Il est bien connu par exemple que dans l'art contemporain les débats sont sans fin à propos de certaines oeuvres ou certains artistes. La créativité est-elle un gage d'art ? Oui si tu es déjà "reconnu" sinon la frontière est plus floue.
En tout cas je trouve ton sujet fort intéressant, c'est un questionnement qui m'interpelle perpétuellement.  :)
Rémy - https://www.flickr.com/photos/sagarmatha_49/
"Si je savais prendre une bonne photo, je le ferais à chaque fois" Robert Doisneau.

Techniquement OK mais où est l’âme ?
« Réponse #2 le: 03 Sep, 2019, 12:26:39 pm »
Bonjour,
moi aussi c'est une question qui me travaille.
Pour moi c'est un débat encore plus large : pourquoi fait-on de la photo ? Pour quoi (en deux mots) aussi
Du point de vue du photographe, la "beauté" de son cliché, l'émotion qu'elle dégage sont aussi liées au vécu qui accompagne la prise de vue.
Comme quand on fait plusieurs heures d'affût pour avoir la chance de repérer un animal (après des jours de repérage), comme quand on se lève tôt le matin pour être dans la Nature et profiter des belles lumières.
Les personnes qui verront ensute ces photos ne capteront peut-être/sans doute pas toute l'histoire qui est derrière (les coulisses en fait) mais cela fait partie de la photo en elle-même pourtant.
Par ailleurs, la créativité est à mon sens un concept très subjectif. C'est la faculté de créer, donc de produire quelque chose d'inédit, et donc ?
Vous êtes-vous déjà intérrogés sur ce qui faisait qu'une photo vous paraissait belle (je ne dis pas "réussie" car cela a pour moi une connotation technique) ?
Qu'est ce qui déclenche chez vous une émotion ? Voir le petit grain de pollen sur la tête d'un bourdon en train de butiner ? Le moindre petit détail d'un ouvrage architectural ?
Une lumière magique sur un paysage ? Un agencement de formes ? etc...
A toutes ces émotions correspond aussi une certaine notion de la créativité je crois

Techniquement OK mais où est l’âme ?
« Réponse #3 le: 03 Sep, 2019, 12:56:02 pm »
...d’où mon impression de déjà vu et revu.
Vaste sujet, aux contours bien flous.

"On ne peut oublier que ce qu'on a appris." (Lao Tseu, se rappelant, après en avoir ingurgité, qu'il ne digère pas le gingembre confit)

Les photographes qui peuvent se permettre d'oublier la technique ont d'abord dû l'acquérir et la maîtriser.
Or c'est processus long où les progrès sont lents.
Bien des photos publiées sur NP ou ailleurs sont témoins de cette évolution, constamment recommencée pour chaque photographe.
Faire ses gammes.
Encore et toujours.
C'est lassant.
Et indispensable.

Les photos sont là, on les regarde ... ou pas.

"J'en ai oublié plus que vous en apprendrez jamais, bande de petits cons!" (Lao Tseu, très déçu par la médiocrité de ses disciples)
« Modifié: 03 Sep, 2019, 12:58:22 pm par Pr. Blurp »
Des zooms DX, des fixes FX et le même boîtier pour tout le monde.

Techniquement OK mais où est l’âme ?
« Réponse #4 le: 07 Sep, 2019, 00:15:40 am »
Parler de " l'âme d'une photo " donne l'impression qu'il s'agirait de déceler quelque chose de tangible, qui existerait de manière objective.
Or ce n'est pas du tout le cas.

Il peut éventuellement y avoir une force, quelque chose qui va capter l'attention, et créer des évocations assez puissantes pour que de nombreuses personnes - culturellement proches -, tombent d'accord sur l'existence et la force de cette évocation.


Qui pense peu se trompe beaucoup (Léonard de Vinci)

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Techniquement OK mais où est l’âme ?
« Réponse #5 le: 07 Sep, 2019, 10:20:28 am »
Exact Bozart. J’ai fait un abus de langage. Mea-culpa
"La photographie est une brève complicité entre la prévoyance et le hasard." (John Stuart Mill)

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Techniquement OK mais où est l’âme ?
« Réponse #6 le: 07 Sep, 2019, 11:57:15 am »
Très (trop ?) souvent, une photo est jugée "belle", "réussie", "sympa", et j'en passe, uniquement de par sa netteté. Est-ce suffisant ?... M'étonnerait...
Une autre question me taraude quand je vais sur la section "critique photos nature" : un beau sujet suffit-il à faire une bonne photo ?
Personnellement, je ne pense pas. Exemple avec le martin-pêcheur, oiseau ô combien magnifique, mais vu des centaines de fois seul sur sa branche...
Je préfère largement cette vision d'Erwan Balança, même si je me doute qu'il n'a pas réussi du jour au lendemain  :)

Techniquement OK mais où est l’âme ?
« Réponse #7 le: 07 Sep, 2019, 13:07:40 pm »
Parler de " l'âme d'une photo " donne l'impression qu'il s'agirait de déceler quelque chose de tangible, qui existerait de manière objective.

Je ne sais pas si en parlant de l'âme on peut la définir comme un élément tangible ou objectif. L'âme est un concept un peu flou qui peut se concevoir dans une photo 😊
Rémy - https://www.flickr.com/photos/sagarmatha_49/
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Techniquement OK mais où est l’âme ?
« Réponse #8 le: 04 Oct, 2019, 22:52:57 pm »
Je pense qu'il est très difficile de sortir du "banal techniquement sans défauts, mais sans âme", ça demande une sensibilité et une approche oui artistique.
 Vincent Munier est de cela, il sait manier la photo d'animaux sauvage en ajoutant une dimension artistique et ce n'est pas donné à tout le monde.  Nick Brandt est aussi fort dans ce domaine, mais ça demande l’investissement d'une vie.



Techniquement OK mais où est l’âme ?
« Réponse #9 le: 05 Oct, 2019, 07:59:35 am »
A mon avis, ceux qui font la différence sont ceux qui vont au-delà de la partie scientifique et documentaire (déjà absolument louable et intéressante en soi) et, comme dit Martin, s'investissent totalement, un peu comme une vocation.

J'ai rencontré Vincent Munier et ai fait des tirages pour le festival de Montier en Der, il y a quelques années. Le gars était absolument charmant et d'une humilité incroyable. Il a commencé très jeune avec son père dans les Vosges. Il a brièvement parlé des conditions de prises de vue (série sur les boeufs musqués et chouettes harfang) en considérant normal le fait de passer des semaines seul sous une tente camouflée, a -25 degrés pour avoir une chance d'obtenir l'image voulue.

Voir aussi le travail de David Yarrow, qui privilégie la qualité a la quantité :


Techniquement OK mais où est l’âme ?
« Réponse #10 le: 05 Oct, 2019, 12:11:46 pm »
@ LeTigredeSiberie
Merci pour la vidéo, David Yarrow je ne connaissait pas, il a une façon très frontal face aux animaux, comme s'il voulait une confrontation avec eux.

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Techniquement OK mais où est l’âme ?
« Réponse #11 le: 11 Nov, 2019, 09:48:30 am »
Voilà , c’est exactement ce que j’en voulais dire. Dans ces images, animées ou non, il y a une prise de position de l’artiste (car il s’agit vraiment d’un regard artistique) en plus de la technique de « chasse » qu’il faut déployer pour espérer avoir la chance de rapporter un simple résultat « correct ».
« Modifié: 11 Nov, 2019, 10:17:32 am par Drake »
"La photographie est une brève complicité entre la prévoyance et le hasard." (John Stuart Mill)

Techniquement OK mais où est l’âme ?
« Réponse #12 le: 11 Nov, 2019, 11:56:40 am »
Comme déjà noté par les précédents contributeurs c’est un débat très délicat. Je suis d’accord avec beaucoup de choses déjà dites. J’ajouterai que cela ne se limite pas à la photo dite de nature. La plupart d’entre nous avons plaisir à faire des photos similaires à celles que beaucoup d’autres ont déjà faites avant nous, juste parce que ce qui compte d’abord c’est l’expérience personnelle de les faire, l’attention qu’elles requièrent, etc. Le martin-pêcheur sur sa branche c’est effectivement vu et revu mais ce n’est pas le problème. Bien sûr, certains répondent à cela en décidant de ne pas faire de photos et puis c’est tout, choix qui a aussi sa légitimité.

Après je pense qu’il y a deux grandes évolutions dans la photographie d’aujourd’hui qui ont un impact très fort sur les perceptions :
– l’obsession de notre époque pour la netteté. Certes tout photographe un peu exigeant préférera un cliché piqué à un cliché « mou », mais de nos jours on ne jure plus semble-t-il que par la netteté tranchante, qui fait ressembler trop d’images à des photos publicitaires. Le focus stacking illustre particulièrement cette obsession.
– le caractère désormais indissociable de la prise de vue et de la post-production. Bien sûr le « traitement des images » n’est pas indispensable (c’est un point rarement souligné, mais si on sort un bon cliché on n’a guère besoin de le retoucher, même s’il s’agit d’un RAW), mais les choses étant ce qu’elles sont l’œil tend à s’habituer aux infinies possibilités du post-traitement, qui peuvent « tout faire » : renforcer la netteté (cf. premier point), transformer une froide teinte d’hiver en douceur automnale, remplacer un ciel dit terne par un autre considéré comme spectaculaire ou ajouter une averse de neige sur une photo prise par temps sec, etc.

D’un côté l’obsession de la netteté donne des photos purement techniques ou d’une froideur clinique (c’est très perceptible avec le virage en faveur des hybrides et de leurs optiques sur-piquées et/ou « corrigées » logiciellement par le boîtier), de l’autre on recourt à toute une panoplie pour tenter de donner une vie à ces photos désincarnées (ou une « originalité » à des images produites par milliards à l’heure numérique).

Le résultat de ces deux évolutions c’est qu’on peut avoir tendance à trouver beaucoup de photos un peu « plates ».

Pour ma part je préfère une photo jugée « plate » à une photo rendue « artificielle » d’une façon ou d’une autre. Mais chacun est libre de préférer ce qu’il veut, et c’est heureux ! Disons que ce sont deux conceptions de la photographie.

J’ai un peu dérivé mais je pense que tout se tient…

Techniquement OK mais où est l’âme ?
« Réponse #13 le: 14 Nov, 2019, 08:52:18 am »
Je suis d'accord avec toi §01, notamment sur l'obsession de la netteté qui sévit actuellement. Le piqué (notion un peu subjective) et autres notions optiques ont une grande prépondérance dans l'appréciation des images et font oublier le point de vue, le regard.
Concernant le post-traitement, je suis plus partagé :
- si tu shootes en Jpeg, le boîtier fait lui-même un traitement de la photo captée par le capteur. Le faire en via un logiciel n'est qu'un autre type de traitement.
- la visée première du post-traitement est de "sublimer" la photo prise, c'est pour cela que l'on parle de développement.
Certains des changements que tu mentionnes (ciel modifiée, ajout de conditions climatiques, etc..) sont de la retouche photo. C'est autre chose pour moi.

Techniquement OK mais où est l’âme ?
« Réponse #14 le: 14 Nov, 2019, 12:24:27 pm »
Oui, j’ai un peu aggloméré différents aspects.

Effectivement si on photographie en Jpeg c’est le boîtier qui se charge de traiter l’image (selon les paramètres qu’on a choisis au préalable le cas échéant). Mais je voulais dire que dans le cas où on photographie en raw on n’est pas forcément obligé de rien faire d’autre que convertir le fichier en jpeg dans le logiciel de son choix. L’avantage du raw est qu’on conserve la latitude de faire un traitement, mais on n’est nullement obligé. Le raw non traité est souvent plus proche de ce que l’œil a perçu, tandis qu’une photo traitée relève davantage de choix et préférences esthétiques.

Par ailleurs, s’il y a, d’un point de vue technique, une différence entre l’optimisation (qui joue sur les paramètres sans modifier les pixels) et la retouche (qui modifie les pixels), en termes de pratique on est en réalité dans un continuum : modifier les réglages de balance des blancs ou de colorimétrie de manière à donner une douceur automnale à un paysage qui a été pris à une autre saison c’est, esthétiquement parlant, de la retouche.

Dans un cas comme dans l’autre je ne dis pas que c’est illégitime, mais qu’on se situe déjà dans l’ordre de la profonde transformation du regard et des attentes que j’évoquais plus haut.